Impair dans la boue
Bertine : Brêve-4

Impair dans la boue Bertine : Brêve-4

Dans le quatrième épisode, du 26 janvier, Bertine marchait dans les bois, mais pas pour ramasser des champignons.

Dans le lot des visiteurs qui s'enchaînent, faut que je vous parle de Bérénice. Elle marche beaucoup, moi aussi. On se croise. On s'apprécie. Ça a commencé par les yeux ; les siens ont un reflet propre à vous engloutir toute retenue. Elle est comme ça, Bérénice, dangereuse sans le savoir. Elle s'est forgé une carapace de rigide, pour cacher la folle et désirable bête qui sommeille en elle. Mais lisez-lui trois couplets bien troussés et la voilà qui fond sous les caresses de l'hexamètre. Une carrière à l'Éducation nationale n'a même pas réussi à la réduire en poudre à sablier. De sorte, une amitié ambiguë nous lie, qui, je le sais, me poussera un jour à l'étreindre.

Un thé à trois, autour du poêle à bois, nous offrit un cadre ; Noël s'était étouffé dans la boue, ça secouait, ça rapprochait. Bérénice n'est pas à proprement parler croyante, sa mère l'est pour elle, ça lui suffit. Mariée à un homme sans passion, sa prison est obscure comme un livre de messe. Pourtant, d'imperceptibles écarts trahissent ce qu'elle ne pourrait dire à confesse. Sa façon de poser sa main sur mes hanches, par exemple.

Bref, l'infusion était bonne, Luciole enjouée, Bérénice volubile, électrisée par l'idée de participer à l'enquête. En fait, elle était de l'événement, le fameux samedi à quinze heures, là où le Père Mounier fut vu pour la dernière fois, déguisé en machin rouge. Il y avait les quelques rares gosses osant affronter le froid, suivis de leurs mères. Un goûter était prévu dans les locaux de la commune, trente minutes de prestation, basta ! Faute de rennes, le Père Noël était reparti dans sa fourgonnette, pour le prochain village sur son périple. Bérénice, qui menait ses petits enfants, vit notre aumônier rouge monter dans sa voiture, en redescendre, ôter quelque chose de son pare-brise, observer aux alentours, remonter et filer vers l'est au lieu de faire demi-tour.

Le soir même, sans y prêter attention, son mari croisa la caisse du curé, mal garée sur un départ de sentier. Précisément, l'ancien chemin reliant le village au château. Ça grimpe dur au travers d'un bois de feuillus, pour finir par s'ouvrir sur un pâturage en cuvette. Je vous dis ça, il y a une méchante heure de marche où chaque pas est plus haut que le précédent. Passé le premier raidillon, on finit par laisser la forêt à sa droite pour donner dans le bourbeux, bottes obligatoires. Cinquante mètres plus loin, à l'orée d'un taillis, se situe la foutue mare. Encore deux cents mètres, bien raides, et on arrive chez nous.

Le lendemain, je refis le chemin, comme lui, par le bas. J'avais besoin de le vivre pour le comprendre. En confrontant la fourchette de temps où je dois me trouver un alibi, à l'heure où Bérénice l'a vu filer dans la mauvaise direction, j'arrivai à un curieux résultat : il aurait mis moins de cinquante minutes pour grimper jusqu'à la mare et y mourir. Sauf erreur, dans l'approximation des données en ma possession, il a manifestement couru pour monter là-haut. Super motivé, notre curé. Une chose est sûre, il n'était pas là pour ramasser des champignons.

De retour à la maison, bien essoufflée par ma grimpette, je retrouvai Luciole et Martin devant un chocolat chaud. Délicieux atterrissage parmi mes complices, instants de partage aussi. Rivés à la table de l'office, ils attendaient douillettement mon rapport. Moi, je faisais des bonds, plus surexcitée qu'une puce. J'avais eu le temps de ruminer dans la côte. La trajectoire, au pas de course, de notre victime, de son véhicule garé en bas, jusqu'à sa mare fatale, c'était du costaud.

Le nez dans mon chocolat bouillant, un peu cabotine, je pris plaisir à les faire languir. Fidèles à leur habitude, ils commentèrent mes observations dans un duel de répliques. Luciole, qui connaissait les lieux, attaqua la première :
- On ne fuit pas un danger en s'engageant par là. Mieux vaut partir sur la droite, en terrain plat, à travers bois.
- Peut-être que c'était lui, le poursuivant.
- Du genre : cours après moi que je t'attrape ? Dans une pareille montée ? Ma remarque vaut pour les deux. Ce mauvais choix reste improbable.
- Alors, il était en retard à un rendez-vous.
- Il avait d'autres moyens d'atteindre cette mare sans s'imposer un pareil effort . Par exemple, en passant par ici avec sa fourgonnette, c'est plus court, plus sec et ça descend.
Cette ultime remarque imposa le silence à la tablée. Une question évidente se mêla aux effluves de cacao : Est-il réellement monté à pied par le bois ?

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publication : 26 janvier 2020
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