Le prêche du 29 juin 2025
L’égaré parle de sacré, mais ne distingue plus la lumière.
Mes bien chères sœurs, mes bien chers frères,
Je sais que beaucoup d’entre vous se savent croyants, et je respecte infiniment ce que votre âme vous souffle au creux de l’émotionnel dans les moments forts de votre existence. Le trouble que procure l’être jaillissant à l’angle de nos aspirations, la révolte de devoir accompagner l’amour jusqu’à sa tombe, la passion qui nous étreint devant le renouveau de la vie. Toutes ces choses que seul un mortel béat de son état peut ressentir dans les replis de sa fatale trajectoire.
Ma sœur, mon frère, le pied que tu mets devant l’autre pour rejoindre la poussière est une danse. Son leitmotiv s’appelle la beauté.
Comme toute chose mérite son contraire pour exister pleinement, la laideur convainc notre âme du bien-fondé de ses aspirations à la grâce. C’est peut-être bien ça, être croyant, finalement. Une aspiration à cette harmonie des sens que l’on voudrait divine.
Il y a des années, je fus emportée comme fétu par un homme qui prit plaisir à m’extraire de ma prison pour me mettre au défi d’assumer ma liberté. À cette époque de ma vie, les deux me faisaient très peur. Je l’appelais « monsieur ».
Un jour de révélation, je découvris qu’il s’offrait à mon maître de lutte — Aziz. Je compris alors qu’il envisageait toutes choses avec cette même passion qu’il déployait à mon endroit et qui m’effrayait tant. Mes deux craintes n’en faisaient plus qu’une : il était cette liberté qui me pétrifiait.
Mon champ de vision s’ouvrit d’un coup. J’obtins facilement le droit de jouer du piano durant leurs ébats. L’expression sauvage et mouvante de cet entrelacs de masculins m’inspirait de diaboliques phrasés. Je syncopais à plaisir sur les infinies variations de leurs râles. Je n’étais plus qu’improvisation.
Au milieu des dissonances, l’évidence se fit, mon effroi d’animal cabossé fondit : la liberté que s’offraient sous mes yeux ces deux gaillards était une des multiples portes ouvrant sur la beauté du vivant. Je m’ouvris aux femmes.
Qu’on s’implique ou non dans des échanges corporels à contre-courant des codes normatifs en vigueur, le regard qu’on y porte se doit d’être positif et complice. C’est juste un problème d’écologie mentale.
C’est la volonté de s’opposer à ce vieux dogme selon lequel ce qui est inconnu doit être détruit.
C’est la prétention à vouloir s’élever au-dessus de son animalité.
C’est aspirer à l’indispensable détachement auquel devrait prétendre tout mortel sur le chemin de sa fin.
Mes bien chères sœurs, mes bien chers frères, dois-je vous le rappeler ? Le mois de juin, c’est la saison des fiertés qui commence. Soyez fières d’être autre chose que ce que vos pères et vos mères attendaient de vous.
La laideur, disais-je précédemment ? Parlons-en.
La laideur désire toujours corriger ce qui l’entoure, son discours n’est constitué que de rejets, de dénonciations, de promesses de calamités et d’imprécations. La laideur, ce sont des portes qui se ferment sur nos âmes, des murs qui se rapprochent et nous étouffent. La laideur entraîne dans son sillage nombre d’innocents privés de discernement, d’amour et de respect. La laideur les propulse dans l’égarement.
L’égaré se construit sur un combat qu’il mène contre lui-même à son insu. L’égaré œuvre dans le ressentiment au détriment des autres. L’égaré aspire à se répandre dans un matérialisme vulgaire et débridé, à dominer ceux qu’il sent à sa portée, à réduire ceux qu’il ne comprend pas. L’égaré parle de sacré, mais ne distingue plus la lumière. L’égaré parle de protéger les enfants qu’il envoie à la guerre.
Mes bien chères sœurs, mes bien chers frères, en toute situation, je vous invite à faire le choix de la tolérance. Si vous ressentez le besoin de redéfinir votre sexualité, servez avec soin l’amour que vous vous devez. Si vous ne comprenez plus rien à rien, relâchez-vous de l’intérieur et œuvrez à préserver votre bien-être.
À l’heure des libations, n’oubliez pas : ce qui nous échappe est sacré.
Sœur Bertine