Impair dans la boue
Bertine : Brêve-11

Impair dans la boue Bertine : Brêve-11

Les Trois brigands, vous connaissez ? Bertine semble les découvrir dans ce onzième billet.

La lecture des Trois brigands m'a laissée sur ma faim. C'est pas que j'en attendais des réponses, mais je trouve l'oeuvre désuète, ou bien je n'ai plus l'âge. En tout cas, je crois fermement dans le témoignage du vagabond. Assurément, c'est les Trois brigands qui ont fait le coup, y a pas d'autres explications. Seulement, avec son pedigree pourri, mon indigent l'a dans le dos ; son inculpation n'est plus qu'une affaire d'heures, sa condamnation, inéluctable. C'est con, moi qui avais abandonné l'idée de courir au cul du tueur, me voilà prise au piège. Je ne vais tout de même pas laisser un innocent passer à la casserole sans bouger le petit doigt. Sachant ce que je sais, ma passivité n'est plus de mise, mais en tenant compte de ce que je déduis, il y a de l'hésitation dans l'air. Je m'explique :

Pour commencer, les photos retrouvées dans la mare semblent indiquer un acte de vengeance perpétré par une victime du curé. Renseignement pris, il n'était en poste dans notre belle région que depuis cinq ans. Si nous avions affaire à une ancienne victime, elle n'était donc pas d'ici. C'est là que ça devient moche. Jamais un étranger, ne connaissant pas parfaitement les lieux, n'aurait imaginé un plan aussi tordu, ce mode opératoire ne pouvait être que l'oeuvre d'un autochtone. La conclusion était juste odieuse. Déjà, sur ma planche, elle m'avait poussée à tout laisser tomber. Quoi ? Vous n'avez pas trouvé ? Alors, je vous laisse cogiter encore un peu. Un Bertine gratuit au premier qui trouve.

Cette histoire de cabane dans les bois m'avait laissée pantoise. Comment se faisait-il que je ne la connaisse pas ? J'hésitai à me faire un justificatif de sortie, des fois que la maréchaussée rôderait encore autour de la mare. Luciole se moqua. Après l'avoir fait taire à coups de baiser, j'étais sortie sans mes papiers.

Pauvres hères des villes, le savez-vous ? En ce mois d'avril, le printemps a jailli des buissons ! Ça a commencé par le blanc rose des prunus, suivi de peu par le rouge des pommiers du Japon. Passé la première semaine de confinement, le lilas nous explosa aux narines, les haies et les taillis reprirent vie au milieu des chants d'oiseaux. Aujourd'hui, tous les marronniers sont en fleurs.


Ma descente en direction de la mare s'effectua donc dans les senteurs humides d'une forêt en éveil. Inouï, comme chaque espèce développe sa propre tonalité dans une infinité de variations tendres et délicates ; d'ici deux mois, ils vont tous se confondre dans le vert sombre d'un été trop chaud. Pour le coup, je planais délicieusement en dévalant l'étroit sentier. Quel génie, ce Clément, de nous avoir extrait des villes au bon moment. Depuis notre départ, tout n'a fait que se dégrader dans les cités, jusqu'à ce point d'orgue épidémique. Toute à ma descente, j'en avais un pincement au coeur, à évoquer ce visionnaire parti trop tôt.

La mare dépassée, je cherchai un chemin alentour s'enfonçant sud-est. Si cabane il y avait, c'était la meilleure direction. Après vingt minutes de tâtonnement, je tombai, en orée de forêt, sur une grange à foin. Celle-ci est classiquement ouverte sur l'est, à l'abri des vents dominants. À son sud, une maisonnette ; j'en pousse la porte. Un lit, une table, trois chaises, serait-ce le repaire des Trois brigands ? L'oeil à peine habitué à la pénombre, je découvre le mur du fond, peint à la chaux. Un artiste s'y est lâché, à grands coups de craies grasses, dans un style qui n'appartient qu'à lui. Il a dû monter sur une chaise, pour parvenir au faîte de son oeuvre.

Suivant les consignes de Luciole, j'enfilai des gants avant d'entamer ma perquisition. L'affaire fut vite menée : seuls, dans un coin, des piquets de bois, terreux à une extrémité, fendus à l'autre. J'examinai, posée sur des tréteaux, la large planche servant de table. La soulevant, je vis son envers, maculé d'empreintes de chaussures. À croire qu'on avait dansé dessus. En regardant plus attentivement à la lumière, j'y distinguais trois types de chaussures, assurément des pointures d'enfants, deux grandes sur les extrémités de la planche, une plus petite au centre. Nul besoin non plus d'être Sherlock Homes pour voir, mal essuyées, les quelques traces de boue sur la tranche. Ayant tout bien remis en place, troublée, je rentrai au château.

Si les dules s'étaient donné la peine d'écouter le témoignage du vagabond, ils seraient sans doute arrivés aux mêmes conclusions que moi. Seulement, leurs préjugés obstruaient leur entendement, ils tenaient un coupable... Après quelques pressions, ce bélître avouerait, l'affaire serait bouclée. Ils pourraient alors retourner sur les routes, chasser les confinés déconfits.

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publication : 04 mai 2020
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