
Le prêche du 30 mars 2025
Déjà dix semaines que je vous saoule avec mes prêches à la noix, et j’aime bien les commettre.
Mes bien chères sœurs, mes bien chers frères,
Déjà dix semaines que je vous saoule avec mes prêches à la noix, et j’aime bien les commettre. Figurez-vous, tous les dimanches matin, je me lève avec le soleil, allume le poêle, caresse ma chatte (Watson, pas la mienne), et me creuse la cervelle pour pondre d’un seul jet un baratin auquel je crois profondément. L’exercice m’amuse, l’exercice me force à la régularité, l’exercice me pousse à penser à vous.
Ce dimanche, je vais parler de compassion. J’aime bien ce mot, parce qu’il énerve certains et révèle leurs certitudes, fruits de leur détresse ; j’en éprouve de la compassion. La compassion, c’est la pierre angulaire des bienheureux. Donner du temps à ce sentiment, c’est admettre que cette vie qui nous file entre les doigts n’a que l’importance que nous lui donnons.
Prenons un exemple : les matins, lorsque je n’écris pas un prêche, je fais une promenade. Je prends une heure sur ma vie pour apprécier la campagne dans ses cycles saisonniers, pour me mettre en état d’affronter mon piano. Parfois, j’emmène ma chérie avec moi, et là, sur le même chemin, la promenade prend une heure et demie. Pourquoi ? Parce que, durant tout le trajet, sur la route de campagne où passe un tracteur de temps en temps, la belle aide les lombrics à traverser la route, de peur qu’ils ne meurent desséchés sous le soleil montant ; ramasse dans une feuille les chenilles et autres bousiers, de peur qu’ils ne se fassent écraser. Elle discute avec toutes ces bêtes, de l’objectif de leurs virées, du danger qui les guette. Dans la foulée, elle tente même d’évaluer leurs aspirations : — Tu veux aller de quel côté de la route exactement ?
Dans sa vie, ma chérie voit, là où d’autres marchent dessus. Pour elle, tout être sur terre est respectable et émouvant dans ses mystères ; elle ne se sent pas supérieure, juste ignorante et impuissante. À chaque fois, je suis sidérée par l’appréciation que cette femme a du temps, là où d’autres courent après le leur. Elle est libre de compassion.
J’aurais pu vous parler de ces gens qui portent loin le secours et rentrent en pleurant ; de cette armée silencieuse qui n’ose couvrir le fracas des ambitions. J’aurais pu vous parler de ces gens qui affirment que seuls les faibles perdent leur temps en compassion. Ceux-là mêmes qui n’aspirent qu’à étrangler la vie qui sommeille en eux, de peur de ne plus la contenir. J’aurais pu vous parler de ces gens qui n’ont aucun scrupule et entassent des inepties coûteuses en se croyant grands, alors qu’ils ne sont que mortels.
Mes bien chères sœurs, mes bien chers frères, je peux juste vous souhaiter le meilleur, sur le chemin du bar d’en face.
Bertine