
Le prêche du 2 mars 2025
Distorsion volontaire d’un réel insondable.
Mes bien chères sœurs, mes bien chers frères
On dit souvent que le mensonge est une question complexe. En réalité, il n’en est rien. C’est une affaire de bon sens : il n’est qu’une distorsion volontaire d’un réel insondable.
Mon ancien maître, pardon, mon libérateur, avait une formule lapidaire pour définir le mensonge, il disait : « Lorsque l’idée que je me fais de moi s’adresse à l’idée que je me fais de l’autre, elle ment ».
Dans le même ordre d’idées, lorsque Yahweh vira à coups de pompes dans le cul Ève et Adam du paradis, son premier geste fut de les vêtir. Ce gros malin venait d’inventer le mensonge originel. À jamais, Ève, Adam et toute leur descendance ne seraient plus qu’une image manipulée de leur vraie nature.
Dans notre société moderne, qui ne manque pas de non-sens, on parle du mensonge comme d’une faute. C’est oublier que, par des protocoles alambiqués et incontournables, fruits d’une abominable pyramide de valeurs, nous sélectionnons les pires menteurs de l’humanité pour nous diriger d’une main pécheresse. Dans le même temps, avec ce bel aplomb qui nous caractérise, nous inculquons aux enfants que mentir est vilain. « Faut pas chier la honte », comme dit ma copine.
Moi, dans ma petite enfance, l’idée même de mensonge m’était inconnue. C’est à l’adolescence, au « contact » du monde, qu’il m’est devenu essentiel, que dis-je, indispensable. Il n’y a pas de place pour la sincérité dans le monde des adultes ; seule la duplicité y trouve la sienne. Privée de mon nounours, perdu trop tôt, emplie de la terreur d’être jugée, sanctionnée, je me blottissais au creux de mes mensonges comme un petit animal apeuré se glisse sous les feuilles mortes.
J’étais encore dans cet état lorsque mon libérateur m’ôta ces chaînes. À la lumière de cette expérience, l’évidence jaillit : plus on est dominé, plus le mensonge est nécessaire à notre survie. Cesser de mentir est l’acte revendicatif d’un être s’affirmant face à un monde désespérément à genoux.
Il convient aussi de cesser de trembler de peur devant les mensonges d’autrui. Par exemple, vouloir démêler le vrai du faux est sans espoir. Fake ou pas fake ? Quelle foutaise ! Et puis, quelle importance ? Seules les intentions derrière le propos comptent. L’affirmation est indissociable de l’intention. Au fait ! C’est l’Ukraine qui a attaqué la Russie, ou bien c’est la Russie qui a attaqué l’Ukraine ? J’entends les deux versions.
Passons au pire des mensonges : l’omission. Il est tellement affreux que certaines personnes ne le considèrent même pas comme tel ; c’est pourtant un mensonge en creux. Porté par un silence sustentateur, il détruit à retardement et laisse peu de traces. D’ailleurs, les lâches en abusent. Il est d’autant plus abominable qu’on en use par bonté ou par pudeur, avec l’hypocrite impression d’épargner sa victime ou de s’épargner soi-même.
Pour conclure ce prêche, rappelons que la sincérité peut être tout aussi dévastatrice. J’invite le pécheur à y réfléchir avant de révéler à sa voisine que son mari la trompe.
Et vous, mes bien chères sœurs, mes bien chers frères, quelle quantité hebdomadaire de balivernes déversez-vous sur vos proches ?
Allez en paix, mes sœurs, mes frères, pipeauter votre prochain comme il se doit.
Bertine